Kit : Outre-mer

Ce kit a pour but de mettre en lumière les biais racistes du traitement médiatique des Outre-mer et d’apporter des clés de compréhension, permettant d’adopter un traitement  de l’actualité antiraciste, plus respectueux et plus juste. 

Définitions et vocabulaire

Outre-mer

Terme qui désigne les départements et territoires appartenant à la France et situés au-delà des mers européennes par rapport à la France « hexagonale ».  En 2023, environ 2,8 millions de personnes sont installées dans ces territoires selon l’Insee. Ces anciennes colonies françaises sont marquées par plusieurs héritages coloniaux, dont par exemple l’extermination des peuples autochtones, l’esclavage, la traite négrière et les transferts de travailleurs asiatiques, le rapt d’enfants à la Réunion, la présence de pensionnats missionnaires pour les enfants autochtones en Guyane, les avortements et les stérilisations forcés à Mayotte. Ces populations racisées, notamment autochtones et afrodescendantes, sont surreprésentées dans ces territoires, et continuent de subir le racisme à l’origine de ces crimes contre l’humanité.

Autochtone

Selon la revue scientifique Géoconfluences, l’autochtonie désigne, en géographie, le fait d’appartenir à une population présente sur un territoire avant la colonisation par une puissance extérieure. Au Canada, on parle aussi parfois de “premières nations”, en Australie, d’aborigènes. En situation post-coloniale, l’autochtonie est donc avant tout un statut légal, qui peut donner droit à une représentation politique, à des droits territoriaux et à des formes d’autonomie. Dans les outre-mer français, les peuples autochtones sont à titre d’exemple les Kanak – le mot est invariable – en Nouvelle-Calédonie, les Arawaks et les Kalinagos en Martinique et en Guadeloupe, les Kali’nas en Guyane et les Maohis en Polynésie. Les termes “Indiens d’Amérique” et “Amérindiens” sont à proscrire, car issus d’une simple erreur géographique commise par les colonisateurs espagnols. 

Colonialisme

Désigne une politique d’occupation, de domination et d’exploitation des territoires et peuples autochtones dans l’intérêt du pays colonisateur. Le colonialisme a une relation directe avec le racisme sur lequel il s’assoit, qu’il développe et utilise pour justifier de son existence.

COM (Collectivité d’outre-mer)

Territoires ultramarins soumis au principe de spécialité législative (art. 74 et 77 de la Constitution). Chaque collectivité est régie par une loi organique, qui énumère les lois applicables au territoire. Des assemblées locales peuvent élaborer des lois, sauf pour les thèmes régaliens. Les territoires concernés sont Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis-et-Futuna et la Polynésie française. La Nouvelle-Calédonie, quant à elle, a un statut particulier (voir def. Outre-mer).

Créole

En linguistique, les langues créoles sont des langues qui sont devenues les langues natives et permanentes d’une société donnée. Elles sont aussi riches et complexes que n’importe quelles autres langues. Dans le cas des Outre-mer, les créoles sont issus de la cohabitation entre les langues des pays coloniaux, comme le français ou l’anglais, et les langues des peuples esclavisés. Il existe de très nombreux créoles : guadeloupéen, réunionnais, guyanais… mais aussi des créoles d’origine hispanique, néerlandaise, portugaise. Il existe même des créoles qui n’ont rien avoir avec la colonisation occidentale. Les créoles ne sont pas “une version simplifiée” d’une langue coloniale : ils ont un système grammatical, un vocabulaire riche et diversifié et sont la langue maternelle (ou l’une des langues maternelles) des peuples concernés.

DOM-TOM (département d’Outre-mer – territoire d’Outre-mer)

Cette appellation n’a aucune valeur juridique et est utilisée par abus de langage. Depuis la réforme constitutionnelle de 2003, les DOM-TOM sont devenus les DROM-COM (départements et régions d’Outre-mer et collectivités d’Outre-mer). Tous les territoires d’Outre-mer ne sont pas des DROM-COM : il existe quelques cas particuliers.

DROM

Départements et régions d’Outre-mer qui sont soumis au régime d’assimilation législative (art. 73 de la Constitution). Ils exercent les « compétences de droit commun des départements et des régions, mais sont également associés aux négociations internationales ». Il s’agit de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, de la Réunion et de Mayotte.

Esclave

Désigne une personne réduite à l’état de servitude, vivant sous la domination d’un maître. Le Code Noir de Colbert promulgué en 1685 régit les conditions de vie entre maîtres et esclaves. Dans un contexte ultramarin, un esclave peut désigner les ancêtres des ultramarins déportés d’Afrique vers les colonies d’Outre-mer. L’utilisation du terme peut faire débat, car il peut être essentialisant pour les peuples qui ont subi l’esclavage. Dans leur podcast “Réparations” les journalistes Iris Ouedraogo et Adélie Pojzman-Pontay préfèrent employer le terme “esclavisés” ou “esclavagisés” : “ La plupart de ces personnes ne sont pas nées esclaves, elles sont arrivées sur les côtes antillaises avec une histoire, une culture, des croyances et des langues. Ces hommes et ces femmes n’étaient pas esclaves par nature.”

France hexagonale

Nom donné au territoire de la France continentale européenne, renvoyant à sa forme géométrique.  Pour l’instant, il n’y a pas  de consensus sur l’utilisation du terme “Hexagone” ou “France continentale” pour remplacer “métropole” ; ces appellations évoluent régulièrement. Des militants anticoloniaux continuent d’ailleurs à employer le terme métropole pour souligner le fonctionnement néocolonial qui perdure en France. Le terme “hexagone” peut par ailleurs faire référence à un tout homogène, ce qui peut effacer les cultures régionales existant sur le territoire.

Kanaky

Nom donné par les indépendantistes Kanak depuis les années 1970 à leur territoire historique signifiant “pays de l’homme”. L’ensemble d’îles et d’archipels ont été colonisés en 1853 par Napoléon III et sont alors appelés Nouvelle-Calédonie par les colons français.

Métropole

Terme qui désigne la ville principale d’une région ou d’un pays présentant une aire urbaine vaste et une population importante. Selon le dictionnaire Le Robert, c’est aussi le territoire d’un État considéré par rapport à ses colonies, ses territoires extérieurs. Le terme métropole est donc connoté par son histoire coloniale. En 2018, des députés de la Nouvelle Gauche ultra-marins déposent un premier amendement visant à remplacer dans la Constitution le terme “métropole” par “France hexagonale”. L’amendement est rejeté en 2021. C’est finalement en mai 2023, que Olivier Serva, député LIOT de Guadeloupe, dépose à nouveau l’amendement dans le cadre de l’examen de la loi sur la programmation militaire. Le député, interrogé par l’AJAR, explique cet amendement ainsi : “Depuis 1946, les départements d’outre-mer ne sont plus des colonies. Et donc il était tout à fait anormal d’utiliser le terme “métropole”.

Territoires non autonomes

Sont qualifiés de non autonomes, aux termes du chapitre XI de la Charte des Nations Unies, les « territoires dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes ». En 1963, le Comité spécial chargé d’étudier la situation en ce qui concerne l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux (également appelé « Comité spécial de la décolonisation » ou « C-24 ») a approuvé une liste préliminaire de territoires auxquels s’appliquait la Déclaration (A/5446/Rev.1, annexe I). À l’heure actuelle, 17 territoires non autonomes demeurent à l’ordre du jour du Comité spécial. On appelle Puissances administrantes les États Membres des Nations Unies qui ont ou qui assument la responsabilité d’administrer ces territoires. Parmi ces territoires non autonomes figurent la Kanaky/Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.

Ultramarin·e

Le mot est entré dans le langage courant pour désigner les personnes, concepts et objets venant des DROM-COM. Le terme domien a longtemps été employé pour désigner ces habitants, en référence au terme disparu DOM-TOM. Apparu dans les années 2000, au sein de l’administration française, le terme ultramarin  s’est imposé en 2009 lors de la crise sociale en Guadeloupe et en Martinique. Le terme ne fait pas l’unanimité. L’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau rappelle en 2012 que ce terme est énoncé d’un point de vue européen et “installe une notion de centralité d’une métropole”.

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Un traitement médiatique raciste

Au sein des médias grand public français, la couverture des Outre-mer fait l’objet d’un traitement médiatique aux biais racistes, directement liés à l’histoire coloniale qui lie la France continentale européenne et les Outre-mer.

Une invisibilisation devant et derrière la caméra 

La couverture médiatique des Outre-mer pâtit de ce qu’on appelle la « loi de proximité ». Selon ce principe, le lecteur donne plus ou moins d’importance à une information journalistique selon sa proximité géographique, sociale ou affective avec un sujet. 

Selon le rapport de l’Arcom publié en 2023, les personnes ultramarines ne représentent que 1% des personnes à l’écran, alors qu’elles représentent entre 4 et 5 % de la population selon l’Insee. 


Cette situation est une conséquence d’une faible représentation des journalistes originaires des Outre-mer dans les rédactions, y compris dans les médias présents dans ces territoires. L’absence de formations de proximité pour devenir journaliste dans la majorité des Outre-mer explique en partie cette faible représentation. De fait, sans école de journalisme, une sélection sociale s’opère, permettant seulement aux étudiants qui en ont les moyens financiers de venir se former dans les écoles reconnues par la profession. De plus, une fois ces étudiants installés dans l’Hexagone, avec leur réseau professionnel et amical, ils font moins facilement le voyage retour vers leur territoire d’origine. Le prix des billets d’avion, qui avoisinent le plus souvent 1000 euros aller/retour, sont également un frein majeur. 

Il existe une forte invisibilisation des Outre-mer dans l’actualité au quotidien des Français. En 2005, la chaîne France Ô appartenant au groupe France télévisions est lancée. Elle est entièrement dédiée à l’actualité dans les Outre-mer et se veut la jonction de radios et chaînes existantes depuis les années 1980, destinées aux ultramarins et affiliées au service public. France Ô avait pour but de permettre aux ultramarins vivant en France hexagonale de suivre l’actualité des Outre-mer. Le 23 août 2020, France Ô a officiellement cessé d’émettre sans qu’aucun autre média – en diffusion hertzienne – ne prenne le relais. L’info ultramarine en France hexagonale est alors réduite à la plateforme en ligne Outre-mer La 1ère et à une programmation moins fréquente et moins spécialisée sur les autres chaînes du groupe France Télévisions. 

Des anciennes colonies

Dans la plupart des médias mainstream de France hexagonale que nous avons pu consulter, l’actualité ultramarine est souvent couverte avec des biais racistes et un prisme colonial. La majorité des sujets sont réalisés lors de catastrophes naturelles, ou encore sous un angle sanitaire, sécuritaire et/ou touristique. Selon l’INA, de 1995 à 2020, les journaux télévisés de 20h ont évoqué en moyenne 204 sujets sur les Outre-mer par an, soit 0,7% de l’offre d’information totale de ces journaux. Durant cette période, les sujets les plus abordés concernaient des mouvements sociaux d’ampleur, les élections, les catastrophes naturelles, et la fusée Ariane. 

Voici des exemples (non-exhaustifs) de séquences médiatiques où le prisme raciste et métropolitain de la couverture de l’Outre-mer se fait sentir : 

Le 25 mars 2024, l’émission d’actualité d’Arte, 28 minutes, réalise un décryptage sur les Outre-mer à l’occasion de la visite du président de la République Emmanuel Macron en Guyane. Un tweet du compte de l’émission parle de “départements lointains à notre pays”, insinuant que les départements ultramarins ne font pas partie de la France. La question d’ouverture du débat : “Qu’apportent ces territoires lointains à notre pays ?” donne le ton. Le cadrage du sujet se fait sur “l’utilité” de ces territoires. La question de la situation socio-économique des ultramarins n’est évoquée qu’en toute fin du débat. 

À nouveau, le 20 février 2024, sur France Culture, le journaliste Jean Leymarie titre son édito politique du matin “La France peut-elle encore tenir ses Outre-mer ?”, à la suite de la visite du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie. Cet angle et ce vocabulaire rappellent ainsi le rapport de domination entre la France hexagonale et ses anciennes colonies. 

En janvier 2024, un article de France Bleu Montbéliard parlant du cyclone Belal titre sur “l’angoisse des familles d’expatriés Nord Franc-comtois à La Réunion”, et donne la parole à un “réunionnais expatrié” dans le territoire de Belfort. L’appel ici à la notion d’“expatriation” pour des territoires censés être français montre à quel point les départements d’Outre-mer peuvent être considérés comme des territoires lointains et étrangers à la France. Le média a depuis rectifié la titraille. 

Une méconnaissance géographique

Les Outre-mer pâtissent également d’une méconnaissance géographique de leur territoire. Une confusion que l’on retrouve aussi bien du côté des personnalités politiques que des journalistes. 

Le 16 avril 2021, le journal télévisé de la chaîne TV5 MONDE diffuse un reportage – à partir de 9 min 59 – sur la Guyane. Une infographie cartographique apparaît à l’écran. Bémol : le pays mis en avant est le Guyana, situé entre le Suriname, le Venezuela et le Brésil et non la Guyane. 

Une couverture sanitaire  

Lors de la pandémie de Covid-19, les taux de vaccination sont plus bas aux Antilles qu’en France hexagonale. Les médias hexagonaux, au lieu d’y voir la preuve du manque de confiance de la population locale envers la politique du gouvernement, discutent de thèses plus farfelues les unes que les autres avec leurs invités en plateau : un médecin fabule sur l’influence du “vaudou”,  une consultante de BFMTV sur le poids de la religion catholique. Là où la crise sanitaire, particulièrement brutale aux Antilles, aurait dû mettre en avant des problématiques de pauvreté, de défiance de l’État, de manque massif de soignants et de capacité hospitalière, le traitement médiatique s’est enfoncé dans le racisme. La Croix fait partie des rares médias à avoir réalisé un travail de profondeur sur les causes possibles de la méfiance collective autour du vaccin contre le Covid-19 dans les Antilles françaises. 

Un angle sécuritaire systématique

En décembre 2021, Acrimed publie un article nommé La Guadeloupe vu depuis TF1 : le journalisme de préfecture au beau fixe, résumant comment les médias utilisent systématiquement l’angle sécuritaire et reprennent le vocabulaire du Ministère de l’Intérieur, pour aborder les mouvements sociaux en Outre-mer. Un traitement médiatique que la journaliste Sophie Eustache décrit comme “caricatural et calé sur l’agenda du gouvernement”. L’article explique comment les pillages et les violences occupent l’antenne tandis que les revendications du mouvement social sont occultées. 

Au début de l’année 2009, un mouvement de grève sans précédent touche les Antilles. Les habitants descendent en masse pour dénoncer “la vie chère”. À l’époque, Le Figaro désigne Elie Domota, le leader syndicaliste du LKP, comme “l’homme qui veut mettre le feu à la Guadeloupe”. Comme le rappelle un article d’Arrêt sur images, les médias hexagonaux peinent à couvrir le début de la grève menée depuis le 20 janvier en Guadeloupe par le LKP. Ces mêmes médias couvrent à contrario les événements de près quand le mouvement bascule dans la répression policière le 17 février, suite à la mort d’un syndicaliste près d’un barrage.  

En visite en Guadeloupe fin avril 2024, le ministre Gérald Darmanin a annoncé la mise en place d’un couvre-feu pour les mineurs dans la ville de Pointe-à-Pitre. Des médias comme BFMTV reprennent uniquement les éléments de communication de la police et du ministère de l’Intérieur. L’angle sécuritaire autour de la “lutte contre la délinquance” n’est pas remis en question. Quelques jours après, Le Monde s’interroge sur l’efficacité de cette mesure et apporte des éléments de contexte : la pauvreté, le manque de perspectives d’emploi et de formation pour les jeunes. Selon une étude de l’INSEE publiée en 2022, 22 % des jeunes Antillais ne sont ni en emploi ni scolarisés : c’est deux fois plus qu’en France hexagonale.  

Dans un article relatant les tensions politiques et sociales en Nouvelle-Calédonie publié en mai 2024, Arrêt sur images titre “Nouvelle-Calédonie : à la télé, loyalistes partout, Kanak nulle”. La journaliste Pauline Bock revient sur le déséquilibre du temps de parole donné en majorité aux caldoches descendants des colons européens arrivés au XIXe siècle ou aux métropolitains (voir ci-dessus Définitions et vocabulaire). L’article précise que le “racisme anti blanc”, “concept qui n’a aucune existence scientifique ni sociologique” est sans cesse mis en avant comme violences subies tandis que l’origine colonial du conflit est occultée. Entre le 13 et 15 mai 2024, le journal télévisé de TF1 et de France 2 n’accordent que 55 secondes à la parole des indépendantistes Kanak, sur 42 minutes cumulées sur le sujet. 

Des journalistes ultramarines prises à partie

En décembre 2023, la journaliste guadeloupéenne Barbara Olivier-Zandronis interviewe pour RCI le président du parti d’extrême-droite Rassemblement National, Jordan Bardella. Face aux questions pugnaces de la journaliste, Bardella s’agace et menace de quitter le plateau. Il accuse la jeune femme d’être encartée à un parti politique. À la suite de cette interview, la journaliste est écartée de la présentation à l’antenne. L’AJAR avait alors apporté son soutien publiquement à Barbara Olivier-Zandronis. 

En décembre 2021, la journaliste de Guyane La 1ère Léilia Chérubin-Jeannette confronte le ministre des Outre-mer de l’époque, Sébastien Lecornu, sur sa politique énergétique, à la suite de sa venue en Guyane. Un vif échange entre la journaliste et le ministre commence. Il l’accuse d’être agressive et lui somme d’être “fière d’être guyanaise”. Le paternalisme du propos atteint son paroxysme avec cette phrase du ministre : “J’aime la Guyane tout autant que vous, il n’y a pas de monopole du cœur en la matière”. Le paternalisme, l’accusation d’agressivité, tout comme la façon dont le ministre lui explique le lien que la journaliste, guyanaise, doit entretenir avec sa terre natale : tout ici est empreint de misogynoir. Ces attaques ont pour but de décrédibiliser une consœur journaliste qui fait son travail en questionnant un membre du gouvernement.

Faire mieux : exemples de traitements médiatiques alternatifs

En parallèle de ce traitement médiatique pétris de biais racistes, certaines rédactions proposent un regard différent, qui sort du prisme sécuritaire, sanitaire, ou touristique.

Donner la parole aux ultramarins

Ouest-France dispose de correspondants dans chacun de ces territoires, avec la volonté d’intéresser « les familles et les étudiants » originaires de France hexagonale. “Les outre-mer, surtout les Antilles, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, la Réunion, sont regardées comme des îles de loisirs et de vacances. Mais on a du mal à les regarder d’un point de vue historique, sociologique. C’est des choses qu’on essaye de changer à Ouest-France.” explique Valérie Parlan,  journaliste à Ouest-France et coordinatrice éditoriale des Assises économiques des Outre-mer.

En mars 2024, la rédactrice en chef du journal, Céline Bardy, écrit un édito intitulé « Pourquoi il faut écouter les Outre-mer », « La France lointaine n’intéresse pas la France hexagonale. À part pour les vacances sous le soleil antillais, les voyages de noces polynésiens, les images impressionnantes de tempêtes tropicales ? ». Ce genre de prise de position est rare, mais bienvenue. 

C’est par exemple le cas dans ce reportage qui donne la parole aux enfants de la Creuse qui retrouvent leur terre natale. Entre 1962 et 1984, 2 000 enfants réunionnais ont été retirés à leurs parents biologiques et transférés de force en France pour repeupler la Creuse, qui fait face alors à un exode rural massif. 

D’autres médias, à l’image de Reporterre, ont aussi tendu le micro aux ultramarins. En février 2024, ils ont signé un long portrait de Patricia, veuve d’une victime du pesticide massivement utilisé dans les plantations de bananes aux Antilles entre 1972 et 1993 : le chlordécone. Patricia a fait de la défense des victimes de ces produits chimiques un combat.  Mettre un visage sur ce type de scandale permet d’établir une proximité, au-delà des déclarations politiques et des décisions de justice déshumanisantes. 

Les personnes LGBTQIA+ dans les Outre-mer sortent de plus en plus de l’invisibilisation. Libération met en lumière cette jeunesse engagée dans un article datant de juin 2023 titré :  À la Réunion, le courage d’être queer. Les conversations autour de ce que l’on appelle la « masculinité toxique » aux Antilles s’amorcent dans le podcast Les Couilles sur la table. Un documentaire diffusé par France Télévisions en 2023, Sortir de l’ombre, porte les témoignages de jeunes concernés sur le petit écran. 

En mai 2023, Causette revient sur la politique de stérilisation des femmes mahoraises mettant ainsi en avant une pratique sexiste et coloniale visant à dominer le corps des femmes afrodescendantes. 

Décoloniser le traitement médiatique des Outre-mer

Couvrir l’Outre-mer, c’est donc prendre en compte l’héritage colonial de ces territoires. Mediapart publie en juillet 2023 une série d’articles dédiés à la question ultramarine : « L’Outre-mer à deux vitesses ». Le média s’intéresse notamment à la « sur-rémunération » des fonctionnaires, et comment ce système, un héritage colonial, creuse les inégalités dans ces territoires, souvent au profit des expatriés de France hexagonale. 

En novembre 2023, une autre série d’articles, toujours sur Mediapart analyse les luttes indépendantistes des territoires ultramarins : « Outre-mer : les nouveaux rêves d’indépendance ». Un reportage a été réalisé en Martinique, pour en apprendre plus sur l’importance de la langue kreyol, ou de la forêt amazonienne pour les peuples autochtones en Guyane. 

Dans le même esprit, Arte a proposé un décryptage du nouveau drapeau de la Martinique, adopté officiellement en février 2023. L’ancien drapeau représentant quatre serpents blancs avec une croix sur fond bleu roi, flottait sur les navires français du commerce triangulaire. Le drapeau est perçu par les locaux comme le symbole de la France coloniale. 

Dans le récit médiatique, il n’est pas rare de rencontrer le mythe de la subvention, qui sous-entendrait que les Outre-mer coûtent cher à l’État français et que ces territoires se font « entretenir » par les contribuables. Ces discours, propulsés par certains politiques, sont régulièrement relayés par les médias qui les reprennent à leur compte. 

Le cas haïtien est un cas d’école en la matière. L’ancienne colonie française d’Haïti, nommée la « perle des Antilles », se libère du joug napoléonien en 1804 à la suite de révoltes d’esclavisés. Dans le but de comprendre l’origine de la crise haïtienne actuelle, en mai 2022, le New York Times publie une série d’enquêtes consacrées à la dette haïtienne. Pendant des siècles, Haïti paie à la France une dette financière visant à indemniser les propriétaires français expropriés lors de la Révolution haïtienne. La misère qui touche Haïti aujourd’hui est souvent instrumentalisée comme la preuve qu’une indépendance vis-à-vis de la France plongerait les départements et territoires d’Outre-mer dans une pauvreté et un chaos similaires. Rarement pour raconter qui, en France, s’est enrichi de l’exploitation coloniale.

Mettre en avant l’histoire et les questions mémorielles

Il est bon de rappeler l’histoire des Outre-mer dans les médias, pour mieux comprendre la responsabilité de l’État français dans les enjeux que traversent actuellement ces territoires. En janvier 2023, Le Monde s’est intéressé aux origines coloniales du mot « Outre-mer » , « métropole » ou encore « DOM-TOM ». Une remise en question sémantique rare dans les médias. 

En 2009, le magazine “Spécial Investigation” sur Canal + diffuse le désormais célèbre documentaire Les derniers maîtres de la Martinique. Il retrace les dynamiques coloniales d’oppressions raciales et d’exploitation capitaliste entre le peuple afrodescendant martiniquais et les békés – les descendants de colons et propriétaires blancs de l’île. 

Autre exemple, « Réparations », podcast d’Iris Ouedraogo et Adélie Pojzman-Pontay, revient sur le procès intenté par des descendants d’esclavisés martiniquais et guadeloupéens contre l’État français réclamant des réparations liées à la traite transatlantique.

En février 2024, Politis aborde la question des “internats de la honte” visant à christianiser et à occidentaliser les populations autochtones de Guyane, thème peu couvert en France hexagonale contrairement au Canada. 

Vous trouverez ci-dessous une liste de ressources concernant l’Outre-mer. Elle n’est pas exhaustive. 
Avec ces associations, livres, documentaires, podcasts, nous espérons apporter un éclairage à celles et ceux qui souhaitent affiner leur perception médiatique des DROM COM.

Allez chercher l’information au plus près : lisez la presse locale, écoutez les radios locales, visionnez les reportages du réseau la 1ère de France Télévisions, embauchez des pigistes sur place pour vos articles.

  • ARTICLE – “Peut-on parler d’un racisme antiblanc ?” Charles Conte, Cairn.
  • ARTICLE – Débat : Comment décoloniser le lexique sur l’« outre-mer » ? The Conversation
  • ASSOCIATION – CM98 (Comité Marche du 23 mai 1998)
  • ASSOCIATION – Association Kera – valorisation et célébration des cultures africaines et caribéennes ( Roubaix/Lille)
  • ASSOCIATION – UFM – Union des femmes de Martinique – association féministe martiniquaise militant pour la défense des droits des femmes et pour l’égalité femmes-hommes
  • ASSOCIATION – AJUCA – Association des Jeunes Ultramarins pour le cinéma et l’audiovisuel
  • DOCUMENTAIRE TV – Origine : Kongo, France tv
  • DOCUMENTAIRE TV – Bumidom, des Français venus d’Outre-mer, Jackie Bastide, 2010
  • DOCUMENTAIRE TV – Les enfants de la Patrie, Maxime Caperan et et Eva Sehet, 2018
  • ESPACE – Librairie Calypso – librairie dédiée aux cultures caribéennes et des Outre-mer ( Paris, 14e)
  • ESPACE – Fondation pour la mémoire de l’esclavage 
  • ESPACE – Festival Mois Kréyol – festival des langues et des cultures créoles
  • FILMS – Rue Cases-Nègres, Euzhan Palcy, 1983 – adaptation de l’œuvre littéraire éponyme de Joseph Zobel publié en 1950
  • FILMS – Neg’marrons, 2005 
  • LIVRE – Le Lexique des réparations de l’esclavage, Audrey Célestine
  • LIVRE – États d’urgence : Une histoire spatiale du continuum colonial français 
  • LIVRE – Géopolitique des Outre-mer : entre déclassement et valorisation, Fred Constant
  • LIVRE – Pwofitasyon, luttes syndicales et anticolonialisme en Guadeloupe et en Martinique, Pierre Odin 
  • BD – Tropiques toxiques: le scandale du chlordécone –  roman graphique de Jessica Oublié
  • MÉDIAS – ZIST, revue culturelle ultramarine
  • MÉDIAS – Oliwon Lakarayib – plateforme numérique dédiée à l’Histoire et à la Géographie de la Caraïbe 
  • MÉDIAS – Trayskreyol – plateforme d’e-learning consacrée aux sciences humaines et sociales, à l’histoire de l’art, au commissariat et à la muséologie dans la Caraïbe, le monde atlantique et d’Afrique de l’Ouest.
  • MÉDIAS – Outremer360 – site d’actualité des Outre-mer 
  • RÉSEAUX SOCIAUX – @Histoirecaraibes – histoire, civilisations & cultures caribéennes : indigènes, africaines, européennes, asiatiques, arabes
  • RÉSEAUX SOCIAUX – KARATA – média dédié aux festivités culturelles du carnaval en Guadeloupe
  • RÉSEAUX SOCIAUX – Karuactus – compte d’actualité guadeloupéen
  • PODCAST – Le podcast Le Mwakast – créé par Samora Curier, discussion et débat sur la culture afro-caribéenne
  • PODCAST – Le podcast de la journaliste martiniquaise Sarah Vildeuil, L’enfant déraciné
  • PODCAST – Antilles empoisonnées : le scandale du chlordécone – Kiffe ta race, Rokhaya Diallo et Grace Ly
  • SÉRIE – Colocs ! – une série sur l’émancipation des femmes mahoraises, diffusée sur Outre-mer la 1ère

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