
Édito : Célia à propos du festival

Déjà l’automne ! Hier encore nous faisions notre rentrée, avec un événement majeur à l’agenda. Un an et demi à peine après la création de notre association, nous avons organisé les 5 et 6 octobre notre premier festival ! Vous étiez plus de 200 à venir à Marseille pour discuter avec nous de l’espace médiatique que vous voulez voir – c’est-à-dire sans racisme au minimum et antiraciste au mieux.
© Lynn SK
Si vous n’étiez pas là, pas d’inquiétude : vous pourrez retrouver toutes les captations des tables rondes du festival sur les plateformes de streaming en format podcast. La première, sur les biais racistes du traitement médiatique des Outre-mer grâce à une discussion avec Cannelle Fourdrinier, Joao Gabriel et Barbara Olivier-Zandronis est déjà dispo !

Parce que nos luttes sont intersectionnelles, octobre a aussi été l’occasion pour nos membres d’assister et participer aux événements de nos associations sœurs, les 10 ans de Prenons la Une (PLU) et la soirée OUT de l’Association des Journalistes LGBT (AJL).
Cette année nous poursuivrons notre travail auprès des écoles : Estelle Ndjandjo, membre de la commission formation externe, vous en dit plus ci-dessous !
Esclavage moderne, racisme ordinaire, Palestine : comme d’habitude, on parle aussi des productions de nos membres et on dit “les termes”.
Les coulisses de l’asso
Pourquoi est-il important de proposer des formations dans les écoles de journalisme ?
Estelle Ndjandjo : Nous formons la nouvelle génération de journalistes.
©Morgane Lopes

Nous sommes dans une guerre culturelle ouverte avec l’extrême-droite, qui a commencé à ouvrir ses propres écoles de journalisme, qui ne sont évidemment pas au niveau de la rigueur que demande notre profession. Nous nous devons d’être dans la même démarche que l’AJL et Prenons la Une, c’est-à-dire d’être au plus près des étudiant-e-s. Nous avons au sein de l’association des étudiant-e-s, qui elleux-mêmes essaient de frapper aux portes des responsables pédagogiques qui les encadrent en leur expliquant l’importance de notre lutte contre le racisme.
Comment l’idée de formations antiracistes est-elle accueillie par le personnel enseignant et les élèves ?
E. N. : Depuis que nous nous sommes mis à proposer des formations antiracistes, les écoles de journalisme ont été les premières structures à vouloir participer. Cela venait des élèves : les étudiant·es sont plus jeunes, plus au fait de ces questions-là, et sont très demandeur·euses pour être formé·es autour de ces discriminations. Dès qu’on s’est lancés en mars 2023, des écoles de journalisme comme le DUT de Vichy ou le master de journalisme de Gennevilliers ont demandé à ce que l’on vienne. Nous avons aussi eu la volonté d’aller voir les grandes écoles reconnues, parce qu’elles sont aussi peut-être les plus réfractaires. J’ai toutefois vu un changement depuis les législatives et le déferlement des idées d’extrême droite dans les médias. Une espèce d’avant/après, où tout d’un coup, le fait d’avoir une association de journalistes antiracistes qui viennent faire de la prévention, paraît plus légitime qu’en 2023, où ça avait encore l’air d’une lubie tirée de notre imagination.
Dans quelles écoles l’AJAR est-elle déjà intervenue ? Quels sont les projets à venir ?
E. N. : Notre prochain rendez-vous est à Bordeaux, avec l’IJBA ! Nous sommes déjà intervenu·es dans plusieurs écoles reconnues, comme l’IUT de Lannion, le CUEJ à Strasbourg. Nous allons bientôt nous rendre auprès de l’EJCAM à Marseille, et nous organisons systématiquement des conférences, des tables rondes où nous sommes invité·es avec nos associations-cousines, l’AJL et Prenons la Une. Je suis plutôt optimiste : ça vient doucement, nous sommes encore une association jeune, mais l’on sent qu’au fur et à mesure, les ponts commencent à se faire. Il y a une trentaine d’écoles de journalisme et j’ai pour ambition claire de toutes les convaincre !
Nos membres ont du talent
Petite sélection de productions de nos adhérent·es. Au programme : podcast, enquête et témoignages.

À écouter : “Je ne suis pas raciste, mais” le nouveau podcast animé par Donia Ismail (Slate) “Je ne suis pas raciste, mais” cette phrase en tant que personne racisée, on l’a tous-tes déjà entendue ! Et on souffle. Donia Ismail, journaliste à Slate, a décidé de se la réapproprier pour en faire un podcast antiraciste. “Je ne suis pas raciste mais…” analyse en plusieurs épisodes le racisme dit “ordinaire” mais qui n’a pourtant rien d’ordinaire. Un contenu pédagogique qu’on vous conseille !
- À lire : L’enquête de Gurvan Kristanadjaja sur les femmes esclaves des diplomates (Libération)
De l’esclavage moderne, en plein coeur de Paris ? C’est ce que le journaliste Gurvan Kristanadjaja dénonce dans une enquête pour Libération. Un papier en 4 épisodes qui donne la parole à plusieurs domestiques de diplomates d’ambassades parisiennes. Elles dénoncent leurs conditions de travail, de vie, les violences sexuelles, et l’impunité exacerbée par l’immunité diplomatique.

- À regarder/écouter : l’émission Backseat avec sa nouvelle chroniqueuse N’namou Sambu (Twitch et plateformes de podcast)
La journaliste ajariste a fait sa première apparition dans le talk-show politique présenté par Jean Massiet le 11 octobre dernier. Repérée grâce à ses écrits dans le Bondy Blog, N’namou se présente en parlant d’un de ses reportages “feel good” sur l’association La Chorba qui propose d’allier distribution alimentaire et ateliers culturels. Elle y parle aussi d’un film important : L’Histoire de Souleymane qui raconte le quotidien d’un livreur à vélo sans-papiers en France. Merci N’namou de porter la voix de ces réalités trop invisibilisées !
- À regarder : Les témoignages de Ruwaida, Sadeel et Laila, Palestiniennes de 20 ans recueillis par Maria Aït Ouariane (Mediapart)
“Mon arme, c’est mon cerveau”, lâche Ruwaida dans ce reportage vidéo. Au milieu de leurs récits de réfugiées en Cisjordanie, les trois jeunes filles racontent leur esprit de résistance. Un père emprisonné dans les geôles israéliennes, les violences de l’armée d’occupation, les passages traumatisants en check-points… Ruwaida, Sadeel et Laila dépeignent la vie de la population palestinienne de Cisjordanie d’autant plus soumise à la violence depuis le début des massacres à Gaza, mais aussi leur espoir que la Palestine soit un jour un pays libre.
Les termes : le traitement médiatique Palestine/Israël
L’effarement est sans fin. Nous avons maintes fois critiqué le traitement médiatique des attaques israéliennes à Gaza – et maintenant également au Liban. Un an après, ces critiques restent malheureusement inchangées. Les victimes palestiniennes et libanaises sont très peu entendues dans les médias français, pendant que les dirigeants israéliens sont invités sur les plateaux.
Comme les journalistes palestiniens à Gaza depuis un an, les journalistes au Liban sont empêchés dans leur travail, visés et tués par l’armée israélienne, comme le rapporte le Committee to Protect Journalists. Au moins 134 journalistes ont été tués depuis le 7 Octobre 2023: 126 palestiniens, six libanais et deux israéliens.
Néanmoins, il faut saluer le travail de certains médias qui donnent la parole aux personnes concernées. C’est le cas du média indépendant Orient XXI, qui permet à Rami Abou Jamous, journaliste palestinien réfugié à Rafah et récipiendaire de deux récompenses au prix Bayeux, de s’exprimer dans une chronique depuis le 28 février 2024. Et ce n’est pas le seul : L’Humanité a également ouvert ses colonnes à des journalistes palestiniens, comme Wadjeeh Abou Zarefah, dont plusieurs reportages peuvent être visionnés sur le site du média. Parfois, la meilleure manière de « dire les termes » est de laisser les personnes concernées le faire.
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